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Quels ont été les effets du premier confinement COVID-19 sur l'environnement ?

Focus - Actualisation : février 2022

Différentes mesures ont été prises dans le monde pour réduire la propagation du virus lié au COVID-19, notamment un confinement strict en Belgique entre mars et mai 2020. La réduction significative des activités qui en a découlé a eu des conséquences sur notre environnement et sur notre qualité de vie. Certaines ont été sensibles, comme la réduction du trafic et l'amélioration de la qualité de l'air et de l'environnement sonore. D'autres sont plus contrastées ou indirectes. Découvrez-en plus…   

La pandémie de COVID-19

Dans le cadre de la crise sanitaire liée au COVID-19 qui s’est déclarée partout dans le monde dès la fin 2019 / début 2020, différentes mesures ont été prises pour réduire la propagation du virus. En Europe, de nombreuses régions se sont donc vues strictement confinées. Ainsi, à Bruxelles, le premier confinement des mois de mars et avril 2020 a donné lieu à une réduction significative des activités, via un ralentissement sensible de l’économie et une limitation des déplacements et des activités notamment. 
 


La période de confinement total, vu l'impact qu'elle a eue sur les activités, a permis de préciser le lien entre ces activités humaines et l'environnement. 
Ces effets ont été plus limités dès début mai 2020, étant donné la reprise progressive des activités. 

Une réduction importante du trafic routier                 

Selon les données récoltées dans le cadre de la LEZ, une réduction importante du nombre de véhicules en circulation a été observée durant le confinement total, qui concerne toutes les catégories de véhicules. 

Une réduction de 62% du nombre de véhicules en circulation a été observée durant une semaine « confinement total » (tous véhicules confondus), par rapport à une semaine « normale ». 

Si l'on tient compte du type de véhicule :

  • La réduction est la plus forte pour les voitures particulières (M1, -64%), en particulier les voitures particulières professionnelles (càd les voitures immatriculées au nom d’une personne morale, ce qui comprend les voitures de leasing et les voitures des professionnels d’une entreprise (indépendants,…) ; -70%).
  • Le nombre de (mini-)bus en circulation a diminué de 59%.
  • La réduction du nombre de camionnettes et de poids lourds uniques en circulation est également importante mais plus faible que pour les autres catégories : -47% pour les camionnettes et -38% pour les poids lourds. Cela peut s’expliquer par la diminution de certaines activités mais l’augmentation d’autres activités, notamment dans le domaine du e-commerce ou l’approvisionnement des supermarchés. 
  • La diminution est plus importante pour les navetteurs que pour les déplacements des Bruxellois : le nombre de véhicules immatriculés en RBC a baissé de 56% alors que le nombre de véhicules immatriculés en Flandre et Wallonie à réduit d’environ deux tiers.

Ces observations sont cohérentes avec les données du Centre de mobilité de Bruxelles Mobilité en lien avec les comptages effectués dans 8 tunnels de la RBC : une diminution du trafic routier entre 50% et 75% a été observée pendant la semaine du 23-27 mars 2020, par rapport à des journées « normales » comparables du mois de mars 2019. 
Les données des comptages dans les tunnels permettent également d’observer un phénomène d’ordre géographique, à savoir que la diminution du trafic a été moins importante dans les tunnels du centre : 

  • La diminution se situe entre 50% et 60% dans les tunnels au centre (tunnels sur la petite ceinture, soit les tunnels Rogier, Botanique, Louise et Porte de Hal)
  • Alors que dans que dans les tunnels des radiales (tunnels Stéphanie, Belliard, Reyers) et de la moyenne ceinture (tunnel Montgomery), la diminution est de l’ordre de 70% à 75%.

Ces données  reflètent sans doute la réduction du nombre de trajets de navetteurs, qui est plus importante que celle des trajets effectués par les véhicules immatriculés en RBC.
Cette réduction du trafic automobile a été perçue par 92% des Bruxellois interrogés lors d'un sondage  réalisé dans le contexte de cette crise sanitaire, en septembre 2020. Et les effets induits ressentis seraient selon eux importants : 

  • 52% estimaient que globalement, la ville était plus agréable, 
  • 56% considéraient que les déplacements ont été plus fluides,
  • 59% considéraient que la qualité de l’air était meilleure,
  • 71% estimaient qu’il y avait moins de bruit en ville durant la période de confinement.

Ce ressenti par rapport à la qualité de l'air et au bruit est-il confirmé par les mesures ?

Une amélioration significative de la qualité de l’air 

L’analyse de l'impact du confinement sur la qualité de l’air s’est focalisée sur les oxydes d’azote (NO et NO2) pour lesquels le transport routier est le principal émetteur en Région bruxelloise. Le NO2 est en outre le polluant le plus critique en RBC en termes de respect de valeur limite européenne. Et, même s’il n’est pas réglementé, le NO est un polluant intéressant dans le sens où il reste localisé près de ses sources d’émission, ce qui permet de mieux évaluer l’efficacité des mesures locales de réduction d’émissions.
L’analyse des données recueillies pendant la période du 19 mars au 3 mai 2020 a permis d’aboutir aux conclusions suivantes :
 Une amélioration de la qualité de l’air très significative a été observée dans les sites habituellement fortement exposés aux émissions du trafic : en moyenne, les concentrations de NO ont diminué de 75 %, et les concentrations de NO2 de 50 %. 

Concentrations moyennes de dioxyde d’azote (NO2) par station.

Remarque : Les concentrations ont été mesurées pendant les jours ouvrés, pendant les périodes de référence (mars à juin 2019) et pendant les périodes de confinement et de déconfinement (19 mars au 19 juin 2020). 
L'ampleur de l'influence des émissions directes du trafic sur les concentrations mesurées par la station est précisée entre parenthèses.
Source : Laboratoire Qualité de l’Air, Bruxelles Environnement, 2020.  
 

Dans les sites moins exposés aux émissions directes du trafic, l’amélioration de la qualité de l’air a logiquement été moins spectaculaire, mais néanmoins significative avec une réduction de 30 à 40 % sur les concentrations de NO et NO2.
Les valeurs relevées dans les sites de fond urbains (comme Uccle) font état d’une réduction d’environ 50 % sur les concentrations de NO2, alors que les concentrations de NO ne diminuent que de 35 %. Le NO2 étant un polluant susceptible d’être transporté sur de grandes distances (au contraire du NO), ces valeurs démontrent que la pollution importée en Région bruxelloise a également diminué significativement : il s’agit plus que probablement d’un effet lié aux mesures de confinement prises en Belgique et dans les pays limitrophes.

Si les réductions constatées pour le black carbon sont dans la même ligne que celles pour les oxydes d’azote, il n’en est pas de même pour les particules fines. Au cours de la période de confinement du 18 mars au 3 mai 2020, les niveaux de PM10 et de PM2.5 étaient comparables la valeur normale pour un mois de mars ou avril. Ceci s’explique par la multiplicité des sources qui contribuent à la présence des particules fines dans l’air ambiant. Le trafic routier est l’une de ces sources, mais pas la plus importante en Région bruxelloise…

Pour en savoir plus sur l'effet du confinement sur la qualité de l'air  ou sur la concentration en dioxyde d'azote  et en particules fines dans l'air (PM 10  et PM 2,5 ), suivez le lien !   

Des nuisances sonores réduites 

Le ralentissement de l’économie et des activités sociales observé durant le premier confinement  a amené une réduction généralisée des nuisances sonores. Sur le terrain, le réseau de sonomètres permanents de Bruxelles Environnement a mesuré les effets de cette situation particulière. 

En ce qui concerne le bruit du trafic routier, une baisse générale des niveaux sonores s’observe à partir du 16 mars 2020, date à laquelle les écoles ont été fermées et le télétravail recommandé. Cette baisse s’est accentuée avec les mesures de confinement en application à partir du mercredi 18 mars 2020 à midi. 

Evolution du niveau de bruit de fond mesuré aux stations situées à proximité d'axes routiers, durant la journée (7h-23h)

Source : Département bruit, Bruxelles Environnement, 2020.  
 

 Durant la journée, la diminution observée varie entre 1 et 22 dB(A) suivant le jour et la station de mesure. 

Ces diminutions s’approchent des écarts observés lors des dimanches sans voitures
Les diminutions les plus importantes s’observent aux stations situées à proximités des autoroutes (station d'Auderghem, située le  long de l’axe  autoroutier E411 et station de Woluwe-Saint-Lambert, située à proximité de la E40) et aux stations situées le long de voiries importantes (chaussée de Wavre à Auderghem, avenue Houba de Strooper à Laeken). 

En ce qui concerne le bruit du trafic aérien, une baisse des niveaux sonores le jour (07h-23h) s’observe à partir de la mi-mars, essentiellement du fait de la réduction du trafic aérien (d'approximativement 20.000 mouvements mensuels durant les mois d'avril et mai 2019 à moins de 3.000 mouvements en avril et mai 2020). Les diminutions les plus importantes étaient de l’ordre de 10 dB(A), et ont été observées à la station située à Woluwe-Saint-Lambert,  impactée par  les  avions décollant de la piste 25R et empruntant les routes dites «du virage vers l’Est». 
Enfin pour le bruit du trafic ferroviaire, étant donné l’organisation d’un service alternatif des trains desservant l’ensemble du réseau avec une offre adaptée entre le lundi 23 mars et le dimanche 3 mai 2020, le trafic ferroviaire a été réduit mais de nombreux trains circulaient toujours. Une baisse des niveaux sonores a également été constatée, variable selon la configuration des stations. 

Pour en savoir plus sur l'effet du confinement sur le bruit , suivez le lien !   

Une consommation d'énergie, et donc des émissions de gaz à effet de serre également impactées 

L'analyse de l’impact du confinement sur les consommations énergétiques, et donc sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) s’est focalisée sur :

  • la consommation de gaz naturel, dont plus de 90%  est liée à Bruxelles aux bâtiments (logements et secteur tertiaire) ; 
  • le transport routier.

Pour ce qui est des consommations de gaz naturel, l’impact du confinement a été évalué en comparant 2 périodes : avant le confinement et durant la période de confinement strict (du 14 au 31 mars 2020). 
Les résultats montrent une diminution des émissions directes moyennes de GES liées à la consommation de gaz naturel de l’ordre de 20% pendant la période de confinement. Cette diminution semble plus forte pendant les jours ouvrables, comparativement à la diminution estimée pendant les weekends. Si l'on tient compte des différences en besoins en chauffage (estimés sur base des degrés jours), cette diminution de consommation de gaz naturel aurait été plus importante d’environ 4%, étant donné que les températures ont été un peu plus froides durant le confinement par rapport à la période de référence. En tenant compte de ce paramètre, la diminution serait  proche de 25%.
Pour ce qui est des émissions du transport routier, la réduction du trafic (décrite plus haut) est à l'origine d'une réduction des émissions de CO2 : 
Le confinement a entraîné une réduction estimée à 50% des émissions de CO2 du transport routier, lors de la 4e semaine de mars par rapport à une semaine de référence hors confinement. La réduction des émissions sur l’ensemble de la période de confinement (jusqu'à fin mai) est estimée à d’un peu plus de 10% pour l'ensemble des véhicules en circulation.

Les espaces verts (dont la Forêt de Soignes) mis sous pression, avec un effet sur la biodiversité en demi-teinte du coup…

Les courtes sorties en extérieur étant autorisées durant le confinement, la plupart des espaces verts, parcs et forêts de la Région bruxelloise sont restés ouverts. Les plaines de jeux étaient néanmoins rendues inaccessibles pour des raisons sanitaires.
La crise sanitaire aura ainsi notamment eu pour effet d’encourager près de 4 Bruxellois sur 10 à découvrir les espaces verts à proximité du domicile, selon un sondage réalisé en novembre 2020 (Baromètre des comportements 2020, Bruxelles Environnement).

Etant donné les conditions météo printanières, ceci a mené à une augmentation (parfois très) importante de la fréquentation des espaces verts et parcs, en particulier dans les zones centrales de Bruxelles, où la densité de population est plus importante mais l'offre en espaces verts plus réduite.

Répartition des espaces verts accessibles au public

Source : Bruxelles Environnement

 

Le constat fait en Forêt de Soignes est similaire. Et le niveau atteint certains jours, principalement en fin d'après-midi, a été inédit. 

Ceci a bien sûr compliqué le respect des mesures de distanciation sociale recommandées, mais aussi mené à des pressions accrues sur les espaces naturels (par exemple en Forêt de Soignes) avec des dommages apportés notamment : 

  • aux sols (via leur compaction), 
  • à la flore printanière, 
  • à la reproduction des animaux (notamment les oiseaux nichant au sol),
  • à la faune liée aux étangs (dans lesquels de nombreux chiens se sont baignés).

Sur le plan positif par contre, étant donné l'interruption des activités (dont le trafic) et la réduction du niveau sonore, des animaux et de la végétation sont apparus spontanément dans des endroits où ils sont habituellement absents.
Ainsi, globalement, l'impact sur la biodiversité ne peut certainement pas être qualifié sans ambiguïté de positif ou de négatif. 

Quelques adaptations des habitudes alimentaires 

Les habitudes alimentaires ont été influencées par la période de confinement, notamment en lien avec une augmentation de la propension des Bruxellois à cuisiner eux-mêmes des plats à la maison (comportement adopté lors du confinement par 53% des personnes sondées  sur le sujet en septembre 2020).

D'une façon générale, lors du premier confinement, des difficultés ont été rencontrées au niveau des de l'approvisionnement ou de la disparition de débouchés pour le secteur alimentaire. Le rôle central de la logistique pour le fonctionnement de ce secteur a en outre été révélé. 

Ces aspects ont notamment eu pour conséquence directe pour les consommateurs des ruptures de stocks. Une augmentation du prix de certaines denrées alimentaires non transformées a également été observée en 2020 (selon le Rapport annuel 2020  de l’Observatoire des prix). L'accès pour tous (tous les âges et toutes les conditions sociales) à certaines alternatives, tant sur le plan technologique (vente en ligne) que financier est également un point d'attention. Les difficultés rencontrées par une tranche de la population, notamment en termes d'accessibilité à des produits de qualité (frais), et la nette augmentation des demandes à l’aide alimentaire en sont des exemples.

Néanmoins, en termes de comportements d'achats, les enquêtes et observations réalisées ont pu montrer :

  • Des achats massifs et de création de réserves de produits de base en début de confinement : céréales transformées (dont pâtes, riz, farine), légumineuses, …
  • Une augmentation de l'achat de produits frais, comme les fruits et légumes, la viande, les œufs, notamment en lien avec une augmentation du nombre de personnes qui ont fait leur pain et des pâtisseries eux-mêmes, et préparé leurs repas.
  • Une augmentation de l'achat de produits plus durables / Fair trade (selon un sondage  de Fairtrade Belgium)
  • Une augmentation des achats en ligne, ce qui n'a pas été sans poser des problèmes logistiques. Selon une étude  réalisée par le RABAD auprès d’acteurs bruxellois du secteur de l’alimentation durable, les acteurs qui ont misé leur stratégie sur l’e-commerce s’en sortent en effet mieux.
  • La mise en place de réseaux d'entraides et de collaboration (notamment relevés dans l'étude du RABAD)  
  • Une réorientation des consommateurs vers les circuits courts/les commerces de proximité : globalement, la hausse des achats en circuits-courts a été estimée entre 10 et 30%. La demande auprès de certains producteurs aurait cependant doublé, voire triplé (selon l'Apaq-W, news de début avril 2020).

Mais les supermarchés sont quand même souvent restés la norme voire privilégiés par certains pour centraliser les achats. A noter que les consommateurs se seraient également davantage tournés vers les enseignes favorisant les produits locaux ou régionaux.

Relevons que si 45% des bruxellois ayant changé leurs habitudes d’achats et/ou de consommation de produits alimentaires lors du confinement pensent maintenir ces changements à l’avenir (selon le sondage réalisé en septembre 2020), la question de la durabilité de ces tendances est néanmoins soulevée et devra être évaluée par la suite. 

Bref, des défis pour l'avenir !

Les conditions rencontrées lors du premier confinement ont permis de mieux estimer certains aspects de l'impact de notre mode de vie sur notre environnement, tout comme sur notre qualité de vie. Différents enjeux ont également émergé, comme l'importance des secteurs dits 'vitaux', le rôle de la nature en ville, la dépendance aux sources externes, le potentiel des filières courtes ou alternatives, …  

Cette crise, vu sa durée, sera probablement également à l'origine de changements plus durables (pratiques de télétravail, habitudes alimentaires et/ou d'achat, …). Le fait que la relance (notamment économique) ne se fasse pas aux dépens de l'environnement et du climat mais serve plutôt de tremplin à autre fonctionnement de notre société constituera probablement l'un des enjeux majeurs pour la suite.

Dans ce cadre, relevons qu'une part importante des Bruxellois sondés en septembre 2020 s'est  montrée ouverte à différents changements de ses habitudes, tels que l'adoption de comportements susceptibles d'améliorer la qualité de l'air comme se déplacer à pied (ce que 53% des sondés se disent prêts à pratiquer), pratiquer davantage de télétravail (40%) ou se déplacer en vélo ou à trottinette (40%).   

Datum van de update: 25/02/2022